Dramaturgie

Extrait 1

“S’il se rencontre des plantes et des fleurs maladroites ou malchanceuses, il n’en est point qui soient entièrement dénuées de sagesse et d’ingéniosité. Toutes s’évertuent à l’accom- plissement de leur œuvre ; toutes ont la magnifique ambition d’envahir et de conquérir la surface du globe en y multipliant à l’infini la forme d’existence qu’elles représentent. Pour atteindre ce but, elles ont, à raison de la loi qui les enchaîne au sol, à vaincre des difficultés bien plus grandes que celles qui s’opposent à la multiplication des animaux ou des hommes. Aussi, la plupart ont-elles recours à des ruses, à des combinaisons, à une machinerie, à des pièges, qui, sous le rapport de la mécanique, de la balistique, de l’observation — des insectes par exemple —, précédèrent souvent les inventions et les connaissances de l’homme.”

La lecture de l’intelligence des fleurs de Maeterlinck (édition de 1907) m’a donné un champ de visions sur l’importance de la nature et de son observation, sur sa beauté et sa complexité. Toute sa vie Maeterlinck a observé avec vitalité, curiosité la botanique, les enjeux de la nature.

Extrait 2

“De là l’immense effort pour secouer le joug et conquérir l’espace. De là les merveilleux système de dissémination, de propulsion que nous trouvons dans la forêt et dans la plaine ; entre autres : l’hélice aérienne de l’Erable, la machine à planer du Chardon, du Pissenlit, la poire à gicler de la Momordique, la bractée du Tilleul, les cinqs valves de la Balsamine, etc.”

C’est par cette vision passionnée de la nature qu’a eue Maeterlinck que je veux aborder l’une de ses pièces théâtrales Pelléas et Mélisande. Ses observations botaniques émin- ament positives et même ludiques tranchent si fort avec l’étrangeté, le destin et la fatalité qui frappent les hommes dans son observation de l’humain, que nous nous retrouvons face à cette terrible conclusion : en observant le comportement des plantes peut-être nous en sortirions-nous mieux.

Extrait 3

“L’organe essentiel, l’organe nourricier de la plante, sa racine, l’attache indissolublement au sol. s’il est difficile de découvrir, parmi les grandes lois qui nous accablent, celle qui pèse le plus lourdement à nos épaules, pour la plante, il n’y a pas de doute : c’est la loi qui la con- damne à l’immobilité depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Aussi sait-elle mieux que nous, qui dispersons nos efforts, contre quoi d’abord s’insurger.” “Et l’energie de son idée fixe qui monte des ténèbres de ses racines pour s’organiser et s’épanouir dans la lumière de sa fleur, est un spectacle incomparable. Elle se tend tout en- tière dans un même dessein : échapper par le haut à la fatalité du bas ; éluder, transgresser la lourde et sombre loi, se délivrer, briser l’étroite sphère, inventer ou invoquer des ailes, s’évader le plus loin possible, vaincre l’espace où le destin l’enferme, se rapprocher d’un autre règne, pénétrer dans un monde mouvant et animé...”

Qu’est ce que l’observation des plantes nous apporterait ? Devrions nous essayer d’appliquer ce qu’elles nous enseignent ? Quelle est la position de celui, humain, qui se voue à ce règne non animal ? Et au delà de l’individu, que pourrait en retirer la société quant à son organisation ?

Extrait 4

“Nous verrons que la fleur donne à l’homme un prodigieux exemple d’insoumission, de courage, de persévérance et d’ingéniosité.”

Mais pourquoi Pelléas et Mélisande ? Car Mélisande pour moi est le portrait craché d’une fleur, très belle, jeune, en train de pousser, en recherche de son espace, de son développement. Elle cherche le bonheur, assez simplement, pour vivre, la lumière et l’amour. La pièce nous démontre l’impossibilité pour elle d’y parvenir, et nous trace son écroulement jusqu’à sa mort. La nature, bien présente dans la pièce, a des choses à dire, comme des visions ou des révélations en suspens qui ne demandent qu’à être entendues. Mais les humains ne l’entendent pas et la tragédie s’opère... Cela traite de la liberté que nous n’arrivons pas à acquérir, de nos entravements qui nous rendent fragiles jusqu’à devenir assassin.