Note d'intention

Les mises en scènes que j’ai réalisées avec La Cerisaie sont toutes porteuses d’échos fantômatiques qui se propagent de l’une à l’autre. Elles se nouent entre elles, telles des ondes. Ce sont les ondes de ma propre vie qui vibrent et les font naître mais surtout, les ondes d’une société qui à travers nos vies à nous tous, se propagent en elles. Les thèmes principaux, comme les révolutions collectives/ les guerres, les transgressions, les révoltes individuelles, s’y retrouvent.
Quand Maeterlinck dit que, contrairement aux apparences, le monde végétal serait “révolté” et “lutterait” contre sa destinée, je m’en réjouis. Ma passion pour ce monde refait surface, tout à coup mon obstination serait justifiée ; avec Maeterlinck me voilà aguerrie, prête à défendre cette thèse ? Grâce au théâtre, mon outil préféré qu’est la scène, un groupe d’acteurs, de musiciens et de créateurs scéniques, nous allons mettre en valeur et en chair cette sourde révolte.

L’enclenchement / déclenchement du projet

Fàbio Ferreira, directeur du artCENA festival em criação et metteur en scène à Rio de Janeiro, est venu me rencontrer en juin dernier pour me proposer de travailler dans son festival à Rio en 2011. Nous sommes en contact depuis 2007, alors que je présentais ma création Penthesilea dans le SPILLfestival of London. Une nouvelle création pour 2011 le motive plus qu’une reprise de Penthesilea ou de Le Soleil même pleut pour une raison claire : il me propose de mettre en scène une équipe d’artistes brésiliens et voudrait que le travail se fasse à Rio ; un travail à long terme, c’est à dire de trois mois minimum. Le thème de son festival 2011 est La Botanique. Le festival offrira quatre lieux pour créer ; ma création pourrait prendre place à la Salle Tom Jobim, une très belle salle modulable de 300 à 600 places, qui se trouve à l’entrée du Jardin Botanique de Rio de Janeiro (jardin de 250 ans). Après quelques heures de discussion, j’avoue à Fàbio Ferreira mon faible pour la Botanique depuis très longtemps déjà, étant fille d’agronome en cultures tropicales et petite-fille d’un peintre-dessinateur naturaliste. Mon choix était fait et accepté.

Maeterlinck est naturaliste, il est dit : Maeterlinck fut élevé par un jardin ! C’est un jardin qui, seul de tous ses maîtres, exerce sur lui une influence indélébile et d’ ailleurs bienfaisante.
“Je lisais. Que lisais-je? Oh! Le vieux livre austère,
Le poème éternel! - La Bible? Non, la Terre.”

Voilà, je pense qu’avec ces vers il n’y a ni Belgique, ni Brésil, il y a la terre.

Après l’expérience de l’écriture personnelle dans Le Soleil même pleut, j’étais certaine en tant que metteur en scène, de vouloir aujourd hui monter une pièce théâtrale classique. En effet, pour pouvoir donner une matière excellente à travailler et à triturer pendant trois mois aux comédiens/acteurs et aux musiciens, il faut quelque chose de convaincant et de conséquent. Après maintes recherche et lectures, mon choix s’est arrêté sur l’extraordinaire auteur belge : Maeterlinck. Sa vie, son éducation, ses voyages, ses récits, ses nouvelles et poèmes me parlent beaucoup. Une matière très dense et très fluide, simple, aux sens multiples, qui me parraissent attirant pour les acteurs/musiciens et les créateur lumière/ costumes du Brésil. Ses pièces de théâtre sont magnifiques. L’imaginaire peut naître, le symbole est compréhensible par tous, au delà de la langue, au delà de l’éducation et des cultures différentes. Maeterlinck a été traduit par les plus grands écrivains brésiliens, dont Cécilia Mereiles.