A Inteligencia Das Flores

A Inteligência Das Flores

MISE EN SCÈNE
Françoise Berlanger

D’après Maurice Maeterlinck

Théâtre Musical

«Ce monde végétal qui nous parait si paisible, si résigné, où tout semble acceptation, silence, obéissance, recueillement, est au contraire celui où la révolte contre la destinée est la plus véhémente et la plus obstinée.»

maurice maeterlinck, l’intelligence des fleurs

Crédits

Theatral direction and adaptation
Françoise Berlanger

Assistant
Elise Vandergoten

Dramaturgy
Veronika Mabardi

Music composition
Felipe Radicetti

Performers (actors and musicians)
Brazilians

Light design
Brazilian

Costumes
Brazilian

Visual Art
Marcel Berlanger

Scenography
Thibault Vancraenenbroeck

Technical director
Charles-Olivier Gohy

PRODUCER
Festival ArtCENA em criação

ASSISTANCE TO THE TRANSPORT OF SETS AND SET DESIGN
La Fabrique de théâtre du Hainaut

Thanks
À mon grand-père Walter Hassewer, artiste peintre et naturaliste, à mes parents Jenny Hassewer et Gérard Berlanger, agronome en cultures tropicales, qui ont fait de nous des passionnés de la botanique.
À mes amis Tuca Moraes (Rio) et Robert Pacitti (London) artistes et producteurs de la scène, sans qui cette rencontre à Rio en 2009 n’aurait jamais eu lieu.

Représentations

Création: 

septembre-octobre 2011 Festival ArtCENA em criação Salla Tom Jobim (Jardim Botanico) Rio De Janeiro, Brazil

fin octobre 2011
Théâtre Royal du Parc
Bruxelles

dates non définies
Théâtre de l'Ancre
Charleroi

dates non définies
Le Manège.Mons/centre dramatique
Mons

Note d'intention

Les mises en scènes que j’ai réalisées avec La Cerisaie sont toutes porteuses d’échos fantômatiques qui se propagent de l’une à l’autre. Elles se nouent entre elles, telles des ondes. Ce sont les ondes de ma propre vie qui vibrent et les font naître mais surtout, les ondes d’une société qui à travers nos vies à nous tous, se propagent en elles. Les thèmes principaux, comme les révolutions collectives/ les guerres, les transgressions, les révoltes individuelles, s’y retrouvent.
Quand Maeterlinck dit que, contrairement aux apparences, le monde végétal serait “révolté” et “lutterait” contre sa destinée, je m’en réjouis. Ma passion pour ce monde refait surface, tout à coup mon obstination serait justifiée ; avec Maeterlinck me voilà aguerrie, prête à défendre cette thèse ? Grâce au théâtre, mon outil préféré qu’est la scène, un groupe d’acteurs, de musiciens et de créateurs scéniques, nous allons mettre en valeur et en chair cette sourde révolte.

L’enclenchement / déclenchement du projet

Fàbio Ferreira, directeur du artCENA festival em criação et metteur en scène à Rio de Janeiro, est venu me rencontrer en juin dernier pour me proposer de travailler dans son festival à Rio en 2011. Nous sommes en contact depuis 2007, alors que je présentais ma création Penthesilea dans le SPILLfestival of London. Une nouvelle création pour 2011 le motive plus qu’une reprise de Penthesilea ou de Le Soleil même pleut pour une raison claire : il me propose de mettre en scène une équipe d’artistes brésiliens et voudrait que le travail se fasse à Rio ; un travail à long terme, c’est à dire de trois mois minimum. Le thème de son festival 2011 est La Botanique. Le festival offrira quatre lieux pour créer ; ma création pourrait prendre place à la Salle Tom Jobim, une très belle salle modulable de 300 à 600 places, qui se trouve à l’entrée du Jardin Botanique de Rio de Janeiro (jardin de 250 ans). Après quelques heures de discussion, j’avoue à Fàbio Ferreira mon faible pour la Botanique depuis très longtemps déjà, étant fille d’agronome en cultures tropicales et petite-fille d’un peintre-dessinateur naturaliste. Mon choix était fait et accepté.

Maeterlinck est naturaliste, il est dit : Maeterlinck fut élevé par un jardin ! C’est un jardin qui, seul de tous ses maîtres, exerce sur lui une influence indélébile et d’ ailleurs bienfaisante.
“Je lisais. Que lisais-je? Oh! Le vieux livre austère,
Le poème éternel! - La Bible? Non, la Terre.”

Voilà, je pense qu’avec ces vers il n’y a ni Belgique, ni Brésil, il y a la terre.

Après l’expérience de l’écriture personnelle dans Le Soleil même pleut, j’étais certaine en tant que metteur en scène, de vouloir aujourd hui monter une pièce théâtrale classique. En effet, pour pouvoir donner une matière excellente à travailler et à triturer pendant trois mois aux comédiens/acteurs et aux musiciens, il faut quelque chose de convaincant et de conséquent. Après maintes recherche et lectures, mon choix s’est arrêté sur l’extraordinaire auteur belge : Maeterlinck. Sa vie, son éducation, ses voyages, ses récits, ses nouvelles et poèmes me parlent beaucoup. Une matière très dense et très fluide, simple, aux sens multiples, qui me parraissent attirant pour les acteurs/musiciens et les créateur lumière/ costumes du Brésil. Ses pièces de théâtre sont magnifiques. L’imaginaire peut naître, le symbole est compréhensible par tous, au delà de la langue, au delà de l’éducation et des cultures différentes. Maeterlinck a été traduit par les plus grands écrivains brésiliens, dont Cécilia Mereiles.

Maeterlinck

Maurice Maeterlinck, né en 1862 à Gand (Belgique) et décédé en 1949 à Nice (France), était un écrivain francophone belge. Il reçut le prix Prix Nobel de littérature en 1911. Maurice Maeterlinck est l’aîné d’une famille flamande, bourgeoise, catholique, conservatrice et francophone. Après des études à Gand, Maeterlinck publie, dès 1885, des poèmes. Il part à Paris où il rencontre plusieurs écrivains qui vont l’influencer, dont Mallarmé et Villiers de l’Isle-Adam. Ce dernier lui fait découvrir les richesses de l’idéalisme allemand (Hegel, Schopenhauer). Il s’éloigne alors du rationalisme français. Les œuvres que publie Maeterlinck entre 1889 et 1896 sont imprégnées de cette influence germanique. C’est en août 1890 qu’il devient célèbre, du jour au lendemain, grâce à un retentissant article sur sa première pièce de théâtre, écrite en 1889, La Princesse Maleine.

Maeterlinck fait partie des grands dramaturges (Henrik Ibsen, Anton Tchekhov, August Strindberg) qui ont contribué à transformer la conception du drame. Il publie huit pièces (dont Pelléas et Mélisande en 1892) où il crée un théâtre de l’âme, comme le rêvait le sym- bolisme. Dans cette forme, trois concepts sont à retenir : le drame statique qui présente des personnages immobiles et réceptifs à l’inconnu ; le personnage sublime, souvent assimilé à la mort, il est la destinée ou la fatalité (quelque chose de plus cruel peut-être que la mort) ; et le tragique quotidien qui ne traite alors pas d’héroïsme, mais du simple fait que vivre est tragique. Dans le théâtre symboliste, l’action doit suggérer les attitudes de l’âme face au destin, l’éveil lent à la fatalité. Au théâtre succède une œuvre d’essayiste qui connut le suc- cès auprès du grand public. Maeterlinck part alors à la découverte philosophique du monde végétal : L’Intelligence des fleurs (1907) et des insectes sociaux : La Vie des abeilles (1901), La Vie des termites (1927), La Vie des fourmis (1930). 

L’œuvre de Maeterlinck a été traduite en portugais par de grand écrivain comme Cécilia Mereiles. La traduction de l’Intelligence des fleurs et de Pelléas et Mélisande existe donc déjà. Nous allons créer la pièce à Rio en langue portugaise avec les brésiliens. Et en Belgique nous allons surtritrer la pièce en français sur des panneaux prévus à cette effet. Cela fera partie de la mise en scène.

Dramaturgie

Extrait 1

“S’il se rencontre des plantes et des fleurs maladroites ou malchanceuses, il n’en est point qui soient entièrement dénuées de sagesse et d’ingéniosité. Toutes s’évertuent à l’accom- plissement de leur œuvre ; toutes ont la magnifique ambition d’envahir et de conquérir la surface du globe en y multipliant à l’infini la forme d’existence qu’elles représentent. Pour atteindre ce but, elles ont, à raison de la loi qui les enchaîne au sol, à vaincre des difficultés bien plus grandes que celles qui s’opposent à la multiplication des animaux ou des hommes. Aussi, la plupart ont-elles recours à des ruses, à des combinaisons, à une machinerie, à des pièges, qui, sous le rapport de la mécanique, de la balistique, de l’observation — des insectes par exemple —, précédèrent souvent les inventions et les connaissances de l’homme.”

La lecture de l’intelligence des fleurs de Maeterlinck (édition de 1907) m’a donné un champ de visions sur l’importance de la nature et de son observation, sur sa beauté et sa complexité. Toute sa vie Maeterlinck a observé avec vitalité, curiosité la botanique, les enjeux de la nature.

Extrait 2

“De là l’immense effort pour secouer le joug et conquérir l’espace. De là les merveilleux système de dissémination, de propulsion que nous trouvons dans la forêt et dans la plaine ; entre autres : l’hélice aérienne de l’Erable, la machine à planer du Chardon, du Pissenlit, la poire à gicler de la Momordique, la bractée du Tilleul, les cinqs valves de la Balsamine, etc.”

C’est par cette vision passionnée de la nature qu’a eue Maeterlinck que je veux aborder l’une de ses pièces théâtrales Pelléas et Mélisande. Ses observations botaniques émin- ament positives et même ludiques tranchent si fort avec l’étrangeté, le destin et la fatalité qui frappent les hommes dans son observation de l’humain, que nous nous retrouvons face à cette terrible conclusion : en observant le comportement des plantes peut-être nous en sortirions-nous mieux.

Extrait 3

“L’organe essentiel, l’organe nourricier de la plante, sa racine, l’attache indissolublement au sol. s’il est difficile de découvrir, parmi les grandes lois qui nous accablent, celle qui pèse le plus lourdement à nos épaules, pour la plante, il n’y a pas de doute : c’est la loi qui la con- damne à l’immobilité depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Aussi sait-elle mieux que nous, qui dispersons nos efforts, contre quoi d’abord s’insurger.” “Et l’energie de son idée fixe qui monte des ténèbres de ses racines pour s’organiser et s’épanouir dans la lumière de sa fleur, est un spectacle incomparable. Elle se tend tout en- tière dans un même dessein : échapper par le haut à la fatalité du bas ; éluder, transgresser la lourde et sombre loi, se délivrer, briser l’étroite sphère, inventer ou invoquer des ailes, s’évader le plus loin possible, vaincre l’espace où le destin l’enferme, se rapprocher d’un autre règne, pénétrer dans un monde mouvant et animé...”

Qu’est ce que l’observation des plantes nous apporterait ? Devrions nous essayer d’appliquer ce qu’elles nous enseignent ? Quelle est la position de celui, humain, qui se voue à ce règne non animal ? Et au delà de l’individu, que pourrait en retirer la société quant à son organisation ?

Extrait 4

“Nous verrons que la fleur donne à l’homme un prodigieux exemple d’insoumission, de courage, de persévérance et d’ingéniosité.”

Mais pourquoi Pelléas et Mélisande ? Car Mélisande pour moi est le portrait craché d’une fleur, très belle, jeune, en train de pousser, en recherche de son espace, de son développement. Elle cherche le bonheur, assez simplement, pour vivre, la lumière et l’amour. La pièce nous démontre l’impossibilité pour elle d’y parvenir, et nous trace son écroulement jusqu’à sa mort. La nature, bien présente dans la pièce, a des choses à dire, comme des visions ou des révélations en suspens qui ne demandent qu’à être entendues. Mais les humains ne l’entendent pas et la tragédie s’opère... Cela traite de la liberté que nous n’arrivons pas à acquérir, de nos entravements qui nous rendent fragiles jusqu’à devenir assassin.

Mise en scène

Les Cahiers du Symbolisme

Dans les Cahiers du Symbolisme on trouve la connivence des contraires. Dans cette pièce je voudrais parler de la complémentarité des contraires. C’est quelque chose de très paradoxal ; on peut par exemple tenter de ne plus opposer le conscient et l’inconscient, mais prendre conscience qu’ils sont dans un frôlement constant. C’est très important pour cette pièce de Maeterlinck d’ouvrir une porte dans cette direction. Il y aurait comme “une sympatie entre les cîmes des montagnes et le fonds des mers”(Régy). C’est certain que si on abat les bar- rières entre des valeurs opposées, on crée un territoire inconnu, difficile à aborder, mais tout à fait nouveau qui peut être un champ immense pour le théâtre.

“Je voudrais un théâtre qui tourne le dos au réalisme psychologique ainsi qu’aux messages politiques simplifiés” (Sarah Kane). Ces deux directions sont pour moi vaines aujourd’hui ; je voudrais continuer à leur tourner le dos. Je voudrais représenter un théâtre fort et dense dans sa forme ET son contenu. C’est ce que j’ai éprouvé dans Le Soleil même pleut (Manège. Mons, festival Via). Là, en faisant vivre l’expérience de la mort de l’autre, ici en faisant vivre l’expérience de l’amour (Mélisande).

Durée prévue pour la pièce : 1h45’.

L’histoire se passe pendant une famine. Assis en tailleur sur le plateau ou blottis dans un coin, somnolant contre un mur à plusieurs, il y aura toujours des pauvres sur le plateau ; toujours avec une oreille tendue, mais pas vraiment “présents” ni impliqués dans ce qui se passe sur scène. Ils ne regardent pas dans la direction de l’action, mais montrent plutôt une nonchalance, ou une distance, un relâchement ; ils mènent des actions parallèles sans intérêt premier (ramasser des coquillages-gratter l’écorce de l’arbre-manger dans son coin- etc.) sans pour autant alourdir l’ambiance. Les chants, le son des voix sont aussi une manière d’être présent sur scène sans être directement impliqué dans l’action.

Mon plus grand souhait serait de voir tous les comédiens et les musiciens sur scène sans relâche. En effet, avoir six acteurs et quatres musiciens sur le plateau est une belle opportunité pour créer des tensions parallèles ou opposées à l’action. La pièce en présentera déjà avec la présence soudaine des trois pauvres dans la grotte, souffrant de famine et de froid, alors que les deux jeunes gens se préoccupent d’une bague en or perdue et d’un mari mal- heureux en amour. Tandis que les uns sont dans la survie, les autres sont dans l’aveuglement. Dans ces cas-là, le surlignage du sens n’est pas toujours intéressant, mais les preuves vivantes des contraires peuvent mener à des questions intéressantes.

Maeterlinck a inventé des héros qui transgressent les lois : Mélisande tombe amoureuse et embrasse le petit frère de son mari. Golaud tue son petit frère et violente (veut tuer) sa jeune femme. C’est en violant des lois qu’ils parviennent à une profondeur d’expérience (comme Penthesilea de Kleist que j’ai monté en 2006 : elle déchire la chair d’Achille avec ses dents) dont les autres sont dépourvus. Ils atteignent le statut de héros par l’intermédiaire d’actes de transgression qui peuvent être, parfois, des actes de régression. La régression du héros le met dans l’isolement de son propre esprit, mais c’est en même temps une descente dans l’humus nourricier d’une vie nouvelle, un chemin vers une conscience nouvelle. C’est le cas de Golaud qui révèle à la fin : “Où es-tu? — Mélisande ! — Où es-tu ?... Ce n’est pas naturel ! Mélisande ! — Où es-tu ?... Je ne sais rien ; c’est inutile... Elle est déjà trop loin de nous... Je ne saurai jamais !... Je vais mourir ici comme un aveugle !...”

Cette expérience personnelle intense des héros, faite de transgressions, sera mise en valeur par la forme même de certaines séquences. Je voudrais travailler sur des moments scéniques que l’on pourrait qualifier de “balistiques” dans la mesure où ils mettent en scène des mouvements : grands mouvements de balancier représentant un danger ; mouvements d’attraction/rejet de “l’autre” induits par des produits répulsifs, gluants, dangereux, goudronnés ou nauséabonds (évidemment simulés et sans danger ni pour les acteurs ni pour les spectateurs). Je m’inspire en cela de l’énumération des diverses tactiques des fleurs, que l’on trouve dans le livre de Maeterlinck.

Descriptif des personnages de la pièce

Il y a 6 personnage principaux dans cette pièce et je voudrais travailler avec 6 comédiens – 3 femmes et 3 hommes – de générations différentes.

Présence des 4 musiciens sur scène, sur toute la longueur de la pièce. Selon le travail de la composition et donc du besoin de l’interprétation, je les emploirai le plus possible sur la scène, en les intégrant au jeu du plateau. Je les vois tous les quatre, très serrés l’un contre l’autre, mais toujours en train de jouer, dans un coin, pour faire les pauvres que Mélisande découvre dans la scène de la grotte. Ils peuvent aussi faire partie des servan- tes qui entrent dans la chambre de la morte, pour faire la mise en bière (surtout si nous avons des musiciennes féminines, car cette tâche est (normalement) réservée aux femmes.

1- Mélisande, très jeune femme
Elle pleure, au début c’est la tristesse – elle renie son origine, les faits de son passé. Elle perd sa couronne d’or, elle perd sa bague en or. Elle chante, elle rit avec Pelléas. Elle cherche un refuge, la clarté, le ciel, la mer. Elle pose des questions, elle ne se résigne pas, elle ose dire non, elle ne s’habitue pas, elle résiste, elle proteste. Elle cherche l’amour, elle meurt sans véritable blessure, sans comprendre, sans voir son nouveau-né, de tristesse.

2- Golaud, homme (40 ans)
Golaud est veuf. Il a connu la perte de l’amour, il est perdu et se l’avoue. Dans la forêt, lieu sombre, seul, il cherche son chemin. A de nombreuse reprises dans la pièce il est à la chasse, il piste l’animal ou suit les traces de sang sur le sol, mais ne possède jamais l’animal. Tout au long de la pièce on dirait qu’il cherche quelque chose qui n’existe plus ; son amour ? Sa dernière poursuite dans la forêt est celle de sa jeune femme, comme un homme violent qui a perdu sa voie, il la blesse légèrement et se blesse lui même aussi, profondément. Il veut la vérité mais il reste aveugle.

3- Pelléas, très jeune homme
Il veut partir mais n’y parvient pas. L’annonce qu’il fait sans cesse de son départ lui donne une énergie, mais vaine car erronée. La grotte et l’eau stagnante le rendent malade, il veut bouger. Son amour pour Mélisande est impossible, sa relation avec son frère aussi, du même coup. Il nous parle de l’impossibilité de partir, d’être ensemble. Il meurt dans l’eau au fond du puits, comme dans un espace de régression (retour originel), il disparait. Il essaye de trouver avec Mélisande des lieux de clarté : la plage, les étoiles, ... pour voir ?

4- Geneviève, mère de Golaud et Pelléas (vers 60 ans) 
Elle est le reflet de la résignation féminine. Sans quête et sans révolte mais attentive à tout. La femme âgée qui a manqué de lumière et de clarté toute sa vie. Elle réagit avec cœur, elle est accueillante pour Mélisande, car elle connait la solitude depuis longtemps.

5- Arkël, Roi d’ Allemonde (Grand père de Golaud et Pelléas)
(vers 80 ans) Vieux roi, résistant. Son pays est en famine et en guerre. Un royaume en chute. Golaud : “Mais j’ai peur du roi, j’ai peur d’Arkel, malgré toute sa bonté, car j’ai déçu par ce mariage, tous ses projets politiques (...)” Arkël : “Je suis très vieux et je n’ai pas encore vu clair un instant.” “On se trompe toujours lorsqu’on ne ferme pas les yeux pour pardonner ou pour mieux regarder en soi-même.” “Je ne me suis jamais mis en travers d’une destinée. Il n’arrive peut- être pas d’évènements inutiles...”

6- Yniold, enfant de Golaud (du premier mariage)(vers 7 ans) L’enfant est là pour donner des réponses aux questions qu’on lui pose. Dans sa naïveté, dans ses mots léger, il fait ressentir toutes les tensions et il pleure car il veut épargner, cacher, protéger ceux qu’il aime.

TOUS les acteurs feront aussi les servantes, les pauvres, etc.

+ Les servantes
C’est un groupe de femmes, qui détient la connaissance intuitive de la vie et de la mort. Elles pressentent, et attendent le moment juste pour agir concrètement. C’est un groupe fort, nécessaire, qui institue des rituels, gestes quotidiens qui peuvent avoir un sens sacré (laver le sang).

+Les pauvres
Le peuple souffre de la famine, ils sont le reflet de la situation sociale autour du château.

Analyse de la pièce par les éléments de la nature

Les cheveux de Mélisande, symbole du rapport intime, la relient à Pelléas, dans une magnifique scène de proximité et de sensualité. Elle est à la fenêtre en haut de sa tour, lui est en bas. Ses cheveux deviennent enlacement, liens ou chaînes ; dans une autre scène avec l’eau, ils se confondent avec les branches du Saule. Les cheveux sont considérés comme le siège de l’âme. La chevelure étant une des principales armes de la femme, le fait que celle-ci soit montrée, ou dénouée est signe de la disponibilité, du don d’une femme. (Acte III, scène 2)

L’eau de la fontaine a une signification évidente qu’est la source de vie mais aussi celle de centre de régénération. La fontaine est un lieu de rendez-vous pour les jeunes amoureux illicite. Ils s’y retrouvent plusieurs fois dans la pièce, la première fois pour se découvrir, la deuxième fois pour se révéler et la dernière fois pour s’y embrasser et mourir.

L’eau des souterrains du château - des grottes est ici une eau stagnante, masse d’eau représentant symboliquement l’infinité des possibles car elle contient tout le virtuel, les promesses de développement. Ici (scène III) il n’est plus question de vie : Golaud parle au contraire “d’odeur mortelle”, il demande à son petit frère Pelléas d’en faire l’expérience : “Sentez-vous l’odeur de mort qui monte? - Allons-y ...et penchez-vous un peu. Elle viendra vous frapper au visage.”

La grotte est dangereuse, noire. Très grande et très belle. Il y a des stalactites qui ressem- blent à des plantes et à des hommes. Elle n’est pas encore explorée jusqu’au fond. Quand on y allume une petite lampe, la voûte est comme couverte d’étoiles, ce sont les fragments de cristal ou de sel qui brillent ainsi dans le rocher. Scène III, elle abrite aussi trois vieux pauvres à cheveux blancs (une grande famine désole le pays) ; ils se sont endormis contre le roc. La caverne est réceptacle d’énergie tellurique, elle peut être aussi l’archétype de la matrice maternelle.

La grotte et la descente vers la grotte. Ses parois sont merveilleuses et scintillantes – concretisé par une toile peinte géante de Marcel Berlanger sur une matière de fibre de verre, capable d’accrocher la lumière par l’arrière.

La mer, plage, le sable : c’est le côté de la clarté. C’est l’air, “l’air de toute la mer”, dit Pelléas. Le vent frais. La plage où les enfants vont se baigner, où Mélisande trouve de beaux coquillages.

La forêt est vieille et épaisse, elle entoure le palais. Elle est comme un sanctuaire à l’état de nature. Il y fait sombre, on n’y voit jamais le ciel clair, le soleil. Lieu des mystères am- bivalents, elle est génératrice des puissantes manifestations de la vie. Dans la pièce on y trouve des traces de sang de l’animal chassé.

L’arbre – le Saule, un élément végétal important, beau, imposant que l’on voit concrète- ment sur le plateau. Tout comme dans le théâtre Nô où la présence de l’arbre au milieu de la scène est indispensable, je n’imagine pas cette pièce sans la présence du Saule, où se mêlent les cheveux de Mélisande.

Acte 1, scène 1: La porte du château: 

Il s’agit pour les servantes d’ouvrir la grande porte du chateau (de l’intérieur) et de laver le seuil (à l’extérieur). Cette courte scène se veut une entrée en matière forte et intense. Cette action parait assez simple et pourtant, elle nous raconte ce que “laver” et “ouvrir” signifient, dans tous les sens du terme. Avec une des dernière réplique:”... et toute l’eau du déluge ne suffira pas”, c’est l’énigme. Tout reste en suspens, nous ne savons pas exact- ement de quoi il retourne. Cela nous situe immédiatement la cruauté, le ton tragique de la pièce. Notre imagination est sollicitée. La pièce a commencé à faire son effet.

Acte 5, scène 1: Une salle basse dans le château.
Nous retrouvons les servantes, qui attendent ou pressentent une fin, malheureuse, la mort de Mélisande. L’une d’elle raconte comment, en ouvrant la grande porte au petit matin, elle a trouvé les deux amants blessés. Il y avait du sang sur le seuil. Le plasticien Marcel Berlanger dessinera ou peindra au préalable sur une toile, qui pourra se déroulée, des sujets végétaux : plantes très détaillées, fleurs spécifiques, l’épaisse forêt qui entoure le château, un bout du château lui-même. Il dessinera aussi certains portraits, comme celui de Mélisande, de Arkel ou de Golaud.

Le public

Ce spectacle va attirer de nouveaux spectateurs, notamment les brésiliens et tous les lusophones de Belgique car la langue parlée sera le portugais, ce qui est peu courant. Le spectacle sera surtitré en Français.

—Maeterlinck est un classique qui intrigue. Son prix Nobel date de 1911, exactement un siècle plus tôt. 

—La philosophie des plantes est un thème du futur, peu rencontré et traité au théâtre jusqu’ici.

—La pièce “Pelléas et Mélisande” éditée en 1892, est souvent montée à l’opéra avec la musique de Debussy (1902). Ce répertoire est délaissé par le théâtre alors qu’il a été écrit pour lui. 

—L’œuvre colossale de Maeterlinck n’est pas seulement théâtrale mais poétique, essayiste... La prendre par la philosophie tout en restant sur scène est une approche intéressante. 

—La rencontre au Brésil (3 mois de travail sur place à Rio) des quelques artistes belges avec les créateurs, acteurs, musiciens et techniciens va être unique. Les écouter raconter cette rencontre après la représentation peut être fructueux, curieux et enrichissant pour les spectateurs.

—Nous défendons notre projet, un projet sur le long terme, comme étant approprié à la situation du Brésil et de la Belgique. A Rio, la proposition du festival est de se pencher sur la création (plutôt que sur l’accueil). Le travail de trois mois est un travail de fond, c’est un type de projet qui s’oppose directement à l’événementiel.